Jeu des 7 différences : La conduite

Cela fera bientôt 9 mois que nous sommes installés à l’Île. Je vais (essayer de) consacrer quelques articles sur quelques différences que nous avons pu constater entre l’ancien et le nouveau monde. On commence par la conduite.

1. La plaque immatriculation uniquement à l’arrière

Etrange sensation au début : il n’y a pas de plaque à l’avant des véhicules. On a l’impression qu’il manque quelque chose…

Notre voiture, avec un petit air incognito.

Du coup, l’espace est parfois récupéré… parfois pour mettre une publicité, parfois pour indiquer son pays d’origine, parfois pour les deux.

2. Les véhicules

Surdimensionnés. Des pick-up aux tailles improbables, avec des capots à 1m80, double-essieux à l’arrière… bien évidemment, on ne parle pas du simple véhicule familial, mais d’un outil de travail. De manière assez surprenante, on ne voit presque aucune camionnette ici, mais uniquement ce genre de véhicules, adapté à leurs besoins… même si la frime n’est parfois pas loin. J’ai commencé une collecte de photos des véhicules les plus improbables, qui fera l’objet d’un autre article.

Les cylindrées sont bien sûr à l’avenant. On a des V6 sur de « simples » berlines, et parfois des moteurs 6 à 7 litres sur les Dodge Charger ou Ford Shelby, pour lesquelles les modèles de base développent 400cv. On trouve ce genre de véhicules à partir de 40 000$, soit 30 000€. Et ici, les taxes ne dépendent pas de la cylindrée…, puisqu’en fait, il n’y a pas de taxe.

Même les constructeurs européens se sont adaptés. On ne trouve pas de françaises ni d’italiennes, mais les allemandes sont solidement implantées. Et elles proposent des modèles absents en Europe, par exemple la VW Atlas qui fait passer la Touareg pour un modèle réduit.

3. Le carburant

Pas ou très peu de diesel. Tout fonctionne à l’essence. Au niveau des prix, ils sont beaucoup plus volatiles qu’en Europe. En septembre dernier, le litre coûtait 0,9$ environ, et là, il est monté à 1,3$. Multipliez par 2/3 pour convertir en Euro, et vous constaterez que ça reste bon marché.

On pourrait toutefois croire que si l’essence est moins chère, c’est parce que l’indice d’octane est inférieur. Cela a été mon premier réflexe. Sauf que ce n’est pas le même indice qui est utilisé : la 91 au Canada correspond à la 95 en Europe (et le 87, ordinaire, à du 92).

Deux autres petites différences quand on fait le plein : le tuyau du pistolet n’est PAS prévu pour faire le tour du véhicule. La première fois, ça surprend. Deuxième surprise : le pistolet déclenche quand le réservoir est VRAIMENT plein. Si comme moi vous aviez l’habitude d’en remettre encore un peu après le déclenchement, protégez d’abord vos chaussures.

4. Les services d’urgence et les autobus scolaires

Les fameux bus jaunes, les mêmes que dans les films.

Au Canada, le transport scolaire est organisé par les écoles. Les enfants sont pris en charge devant la maison, ou à l’entrée d’un quartier résidentiel et déposés devant l’école. Chaque bus ne dessert qu’une ou deux écoles. Autant dire qu’à Charlottetown, deux fois par jour, c’est un fameux chassé-croisé.

Héloïse lors de son premier jour d’école, juste devant chez nous.

Je crois que la première règle du code de la route à connaître pour tout qui veut conduire au Canada est la suivante : si un bus scolaire est à l’arrêt, feux rouges allumés et le signal « stop » déployé, tout véhicule en approche, quelle que soit sa direction, doit immédiatement s’arrêter. Le chauffeur va s’assurer que l’enfant puisse en sécurité monter dans le bus ou rejoindre sa maison. Et la loi est très claire là-dessus : dépasser un bus est à l’arrêt signifie perte immédiate du permis de conduire et 5000$ d’amende. En cas d’accident impliquant un enfant, ce sera directement la prison.

Le principe est identique pour les véhicules d’urgence. Si les sirènes retentissent, vous devez vous arrêter et vous mettre sur le bas côté. Même si vous n’êtes pas sur le même axe que le véhicule d’urgence. Et même si vous êtes sur l’autoroute.

Plus anecdotique et sans que ce soit une règle formelle, à l’Île-du-Prince-Édouard, la circulation s’arrête pour un convoi funéraire. Une façon de marquer du respect à la personne décédée.

5. Les feux de signalisation

Règle générale : le feu de signalisation est à la SORTIE du carrefour, pas à l’entrée. C’est surprenant au début, et on hésite un peu sur l’endroit où s’arrêter. On se rend parfois un peu tard compte que, oulah ! stop ! c’est ici, pas dans 20 mètres…

Voici une photo d’un des plus gros carrefours de l’île, à la sortie de Charlottetown entre les autoroutes 1 et 2.

Premier constat : entre la ligne blanche où il faut s’arrêter et le feu rouge, il y a l’équivalent de 8 bandes de circulation.

Deuxième constat : un panneau interdit explicitement de tourner à droite si le feu est rouge. Ici, d’une manière générale, un feu rouge n’interdit le passage que si vous allez tout droit ou si vous tournez à gauche. Si vous tournez à droite, vous pouvez (en fait, devez) vous engagez, si bien sûr la voie est libre. C’est très déroutant au début. Et même après quelques mois, on se surprend à l’oublier.

6. Les 4 stops

Par quel miracle cela fonctionne, je n’en sais rien. Mais je n’ai vu aucun accident à ce type de carrefour. Le principe est simple : si une route n’est pas prioritaire sur une autre, tout le monde s’arrête et les voitures s’engagent dans l’ordre de leur arrivée.

En fait, le seul accident auquel j’ai assisté a eu lieu à un carrefour où une voie était prioritaire sur l’autre. Le conducteur a cru qu’après avoir marqué l’arrêt, il devenait prioritaire sur les véhicules venant perpendiculairement et s’est engagé à travers le carrefour. Un peu de tôle froissée.

Conséquence de ce système, il n’y a pas de priorité de droite. Les panneaux stop sont en revanche un excellent moyen de réguler la vitesse au sein des agglomérations. Ne pas marquer l’arrêt est une faute grave.

Juste pour la curiosité, un panneau stop en micmaq, dans la réserve indienne de Lennox Island.

7. Les radars

Je ne dirais pas que les gens ici respectent les limitations de vitesse. Loin de là. Cela dit, d’une manière générale, les routes sont bien moins dangereuses, notamment parce que moins fréquentées : avec un peu plus de 150 000 habitants répartis sur 5600 km2 (l’équivalent des provinces de Liège et du Brabant wallon, ou, pour les français, des Yvelines), la densité de population est 10 fois moindre. Et encore, la moitié de cette population est concentrée dans les deux (seules) (petites) villes de la province. Ailleurs, c’est la campagne, et ses longues routes qu’on peut emprunter sans jamais croiser personne.

Mais là est le danger. Parce que justement si, on peut croiser quelqu’un.

Un bateau par exemple.

Ou un Amish.

Bon, pour un Amish, on est prévenu.

Mais ça surprend quand même.

Et bien sûr, comme on est en région agricole et forestière, toute sorte d’engin de travaux dont je vous épargne les photos sans grand intérêt sauf pour Benjamin, mais je les lui enverrai directement s’il le souhaite.

J’en reviens à mon sujet : les radars. Vous l’aurez compris, on est beaucoup moins à cran sur le respect des limitations de vitesse qu’en Europe, mais comme ça arrive quand même de temps à autre qu’un malheureux s’emplatane sur un érable, la GRC se devait d’intervenir. Radar-tronçon ? Radar feu rouge ? lidar ? que nenni !

Extraits choisis :

« Nous ne voulons pas toujours être punitifs, souligne le ministre Aylward. »

« Les autorités, explique M. Aylward, pourraient alors envoyer un avertissement aux automobilistes fautifs avec la photographie de leur plaque d’immatriculation plutôt qu’une amende. »

Source

One thought on “Jeu des 7 différences : La conduite

  1. Geneviève says:

    Article bien intéressant, ça t’a tout de même demandé un bel effort d’adaptation😉
    je suis contente que les publications ont repris. J’attends avec impatience des nouvelles de la tribu.

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